Chili et Argentine, deux voisins qui ne se visitent pas de la même façon

Chili et Argentine, deux voisins qui ne se visitent pas de la même façon

Par la route, Santiago et Mendoza sont distantes de moins de 400 kilomètres, avec entre elles un tunnel percé sous la cordillère à plus de 3 000 mètres d’altitude. Il suffit pourtant de franchir ce passage pour changer de monnaie, d’horaires, de manière de conduire et, bien souvent, d’idée du voyage. Avant de choisir l’un des deux pays, ou de décider de ne pas choisir, mieux vaut comprendre ce qui les distingue sur le terrain.

Le Chili s’étire, l’Argentine s’étale

Le Chili mesure plus de 4 000 kilomètres du nord au sud pour moins de 200 kilomètres de large en moyenne. Dans le Nord, voyager revient presque toujours à arbitrer entre la côte et la Ruta 5, la Panaméricaine, qui file le plus souvent à l’intérieur des terres, en plein désert. Les villes sont peu nombreuses et très éloignées les unes des autres ; La Serena, Antofagasta ou San Pedro de Atacama fonctionnent comme des escales obligées, presque des points de ravitaillement. L’itinéraire se dessine pour ainsi dire tout seul. Sur la côte, la camanchaca, un brouillard marin venu du Pacifique, recouvre souvent les matinées avant de se dissiper ; à moto, elle mouille la visière et réduit la visibilité plus qu’on ne l’imagine dans un désert.

L’Argentine, huitième pays du monde par la superficie, propose l’inverse : des routes qui se ramifient, des provinces qui ont chacune leur caractère et des boucles possibles dans presque toutes les directions. Le seul Nord-Ouest enchaîne vallées viticoles, gorges de grès rouge et hauts plateaux à plus de 3 500 mètres. On y perd en lisibilité ce qu’on y gagne en variété, et la préparation demande davantage d’arbitrages : chaque détour tentant coûte une demi-journée.

Sur la route et à l’étape, deux rythmes différents

Le réseau chilien est très encadré. Autour de Santiago, les autoroutes urbaines fonctionnent au péage électronique, ce qui suppose un badge ou un passe journalier pour circuler en règle. Plus au nord, la Ruta 5 est bien entretenue, rectiligne sur des dizaines de kilomètres, et c’est justement là que la monotonie devient le premier danger : la fatigue s’installe plus vite que sur une route de montagne.

En Argentine, les routes nationales relient des localités parfois très éloignées, et les contrôles de police ou de gendarmerie sont fréquents à l’entrée des provinces et des villes. Rien d’inquiétant : on ralentit, on présente ses papiers si l’agent les demande, on repart. La loi impose aussi de rouler feux de croisement allumés de jour sur route.

Le vocabulaire change lui aussi au passage de la frontière. Pour faire le plein, on demande de la « bencina » au Chili et de la « nafta » en Argentine ; les deux réseaux dominants, Copec d’un côté, YPF de l’autre, quadrillent les grands axes mais s’espacent nettement dans le désert et sur les hauts plateaux. L’espagnol chilien, rapide et ponctué de « po » et de « cachai », déroute souvent ceux qui ont appris la langue en Europe ; en Argentine, le « vos » remplace le « tú », et le « che » revient dans toutes les conversations.

Le rythme quotidien diffère tout autant. Au Chili, beaucoup de familles prennent en fin d’après-midi l’« once », une collation salée et sucrée qui tient lieu de dîner léger. En Argentine, on dîne rarement avant 21 heures et les restaurants se remplissent plus tard encore. Pour qui roule toute la journée, ce décalage compte : il faut parfois patienter, ou se contenter d’une empanada en attendant que les cuisines ouvrent.

Le budget, enfin, ne se calcule pas de la même façon. L’Argentine a connu ces dernières années une inflation très forte et des règles de change souvent modifiées, si bien que les prix peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre. Le Chili offre une monnaie plus stable et des tarifs plus prévisibles. Dans les deux cas, vérifiez juste avant le départ quel moyen de paiement reste le plus avantageux.

Faut-il vraiment choisir entre les deux ?

La géographie plaide pour une réponse simple. Les paysages les plus marquants de cette partie du continent se trouvent de part et d’autre de la cordillère, et c’est son franchissement qui donne son sens au trajet. Le désert d’Atacama, côté chilien, et les vallées du Nord-Ouest argentin sont reliés par des cols andins qui dépassent 4 000 mètres.

C’est le principe d’un voyage à moto entre Chili et Argentine qui part de Santiago, remonte la côte pacifique jusqu’au désert, passe la frontière vers Purmamarca, redescend par Cafayate et Mendoza, puis rentre au Chili au pied de l’Aconcagua. Dix-sept jours permettent alors de mesurer sur place ce qui distingue deux sociétés qui partagent une langue et une bonne partie de leur histoire.

Combiner a toutefois un prix : deux passages de frontière en haute montagne, deux monnaies à gérer, des journées longues. Avec moins de deux semaines devant vous, mieux vaut un seul pays parcouru sans hâte. Au-delà, la traversée des Andes devient possible sans transformer le voyage en course contre la montre.