Trek dans le Grand Sud calédonien : chaussures de trail ou montantes ?

Trek dans le Grand Sud calédonien : chaussures de trail ou montantes ?

Troisième jour de marche dans le Grand Sud. La terre rouge colle aux semelles, le dernier creek s’est franchi les pieds dans l’eau, et les chaussures montantes achetées pour l’occasion pèsent soudain très lourd. Le randonneur croisé au gué, lui, marche en chaussures de trail basses, et ses pieds ont déjà séché. Qui a fait le bon choix ? Les deux, selon le sac qu’ils portent et le terrain qui les attend.

Un terrain qui ne ressemble pas aux sentiers de métropole

Les sentiers du sud de la Grande Terre ont leurs particularités. La latérite, cette terre rouge issue de l’altération des roches du massif, devient glissante comme du savon après une averse. Le maquis minier offre peu d’ombre, et la chaleur s’ajoute à l’humidité une bonne partie de l’année. Les cailloux sont nombreux, et certains passages de creek se franchissent à gué, sans pont ni passerelle.

Ce cocktail met en défaut un raisonnement très ancré : une randonnée de plusieurs jours appellerait forcément des chaussures montantes et imperméables. Ici, dès qu’un gué se présente, l’eau finit par entrer. La vraie question devient : combien de temps vos pieds resteront-ils mouillés ?

Ce que la chaussure montante apporte vraiment

La tige haute protège la malléole des chocs contre les pierres et limite l’entrée des gravillons. Sa semelle, plus rigide, épargne la voûte plantaire sur un sol cassant et irrégulier. Avec un sac de 12 ou 15 kilos, pour un trek en autonomie avec tente et réchaud, cette rigidité devient un confort réel en fin de journée. Le maintien de la cheville est plus discuté : une tige haute freine certains mouvements, mais elle ne remplace pas des chevilles habituées aux terrains instables.

Son point faible sous ce climat, c’est la membrane imperméable. Elle protège bien de la pluie et de la rosée, mais quand l’eau passe par le haut de la tige lors d’un gué, elle ne ressort plus. La chaussure met alors une journée, parfois davantage, à sécher, et une peau ramollie par l’humidité est beaucoup plus exposée aux ampoules.

Les arguments des chaussures de trail basses

Une chaussure de trail pèse en général nettement moins lourd qu’une chaussure de randonnée montante, et sur une journée de plusieurs dizaines de milliers de pas, la différence se sent dans les jambes. Sans membrane, avec un dessus en mesh, elle se vide de son eau après quelques minutes de marche et sèche bien plus vite. Sur la latérite humide, mieux vaut une semelle à crampons profonds et espacés, qui ne se bourre pas de boue.

En contrepartie, la protection est moindre. Un pare-pierres à l’avant aide, mais les cailloux se font davantage sentir et le pied travaille plus dans une chaussure souple. Méfiez-vous aussi des modèles à très faible drop, c’est-à-dire avec peu de différence de hauteur entre le talon et l’avant-pied, si vous n’en avez pas l’habitude : sur plusieurs jours, ils sollicitent davantage les mollets.

Pour faire le tri entre les modèles, le guide consacré au choix des chaussures de trail publié sur runny-outdoor.fr sert de bon point de départ. Ses critères sont pensés pour la course, mais ils s’appliquent très bien à la marche engagée sur sentier technique.

Comment trancher pour votre propre trek ?

Le premier critère est le poids du sac. En dessous de huit à dix kilos, par exemple en dormant en gîte ou en refuge, les chaussures de trail se défendent très bien. Au-delà, avec tente, nourriture et réserve d’eau pour plusieurs jours, la rigidité d’une chaussure de randonnée devient plus confortable. Un compromis existe : la tige mi-haute sans membrane, qui protège sans retenir l’eau.

Le deuxième critère est l’habitude. Des pieds et des chevilles qui n’ont jamais marché longtemps en chaussures souples ne doivent pas les découvrir sur un trek de plusieurs jours. Le troisième, c’est la saison et le nombre de gués annoncés dans le topo : plus il y a d’eau à traverser, plus la chaussure qui sèche vite prend l’avantage. Dans tous les cas, prenez une demi-pointure à une pointure de plus qu’en ville : la chaleur et les longues descentes font gonfler les pieds, et les orteils qui butent au bout de la chaussure finissent par le faire payer. Et ne partez jamais avec une paire neuve : les points de frottement se révèlent dans les premières heures de marche, mieux vaut les découvrir chez soi qu’au troisième jour.

Quel que soit votre choix, quelques détails comptent autant que la chaussure elle-même. Des chaussettes en laine mérinos ou synthétiques, jamais en coton, avec une paire sèche réservée au bivouac. Des guêtres basses pour empêcher le gravier d’entrer. Des lacets resserrés avant chaque longue descente, pour que le pied ne glisse pas vers l’avant. Et une pause pieds nus au déjeuner, chaussures ouvertes au soleil, qui fait gagner de précieuses heures de séchage.

Le meilleur test reste celui que vous ferez avant de partir : une journée complète de marche, sac chargé à son poids réel, avec un passage dans l’eau en début de parcours. Si vos pieds supportent encore la chaussure au dernier kilomètre, elle tiendra sur le GR.